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Ibn Khaldoun : L’expansion de l’école Malekite #4

Ibn Khaldoun : L’expansion de l’école Malekite #4

Dans la série #4 sur l’histoire de l’expansion de l’école Malekite, voici un 3ème article tiré de la Muqadima d’Ibn Khaldoun (ici pour lire l’article précédent : Ibn Khaldoun : L’expansion de l’école Malekite #3 )


tarikh ibn khaldoun

Les Fuqahas de Kairouan et ceux de l’Espagne eurent une forte aversion pour les doctrines de l’école d’Irak, parce que ce pays était très éloigné, que les sources où l’on avait puisé ces doctrines leur étaient restées inconnues et qu’ils savaient à peine par quels moyens les docteurs de l’Irak avaient acquis leurs connaissances.

D’ailleurs ceux-ci avaient pour principe de résoudre certaines questions en employant d’une manière parfaitement consciencieuse les efforts de leur propre jugement (ijtihad), et niaient l’obligation d’adopter aveuglément le système ou les opinions de quelque docteur que ce fût.

Voilà pourquoi les Maghrébins et les Espagnols évitèrent d’embrasser aucune opinion émise par l’école d’Irak, à moins d’avoir bien reconnu qu’on pouvait la faire remonter à l’imam (Malik) ou à ses disciples.

Plus tard les trois écoles se confondirent en une seule. Dans le courant du 6eme siècle, Abou Bakr al-Tortouchi quitta l’Espagne et alla se fixer à Jérusalem, où il donna des leçons (du droit malékite) à des étudiants venus du Caire et d’Alexandrie. Ses élèves mêlèrent les doctrines de l’école espagnole avec celles de l’école d’Égypte, leur propre pays.

Un des leurs, le légiste Sind Sahib at-Tiraz, eut ensuite plusieurs disciples, sous lesquels on alla étudier plus tard. Parmi eux se trouvèrent les fils de Aouf, qui formèrent aussi des disciples.

Abou Amr Ibn el-Hadjib étudia sous ceux-ci, puis, après lui, Chihab ud-Dîn al-‘Iraqi. Cet enseignement s’est maintenu dans les villes que nous venons de nommer. Le système de jurisprudence suivi en Égypte par les Chafi’ites avait aussi disparu à la suite de l’établissement des Fatimides, gens de la maison.

Après la chute de cette dynastie parurent plusieurs docteurs qui relevèrent cette école, et dans le nombre se trouva Ar-Rafi’i, chef jurisconsulte du Khurassan. Après lui, Muhyi ud-Dîn an-Nawawi, un autre membre de cette bande illustre, se distingua en Syrie.

Plus tard, l’école Malékite de Maghreb mêla ses doctrines à celles de l’école d’Irak. Ce changement commença à partir du temps où ash-Shirmesahi brilla à Alexandrie comme docteur de l’école maghrébine-égyptienne.

Le khalife abbasside El-Mustanssir, père du khalife El-Mostaqim et fils du Calife ad-Dhahir, ayant fondé à Baghdad l’université qu’on appelle d’après lui al-Mostanssariya, fit demander au khalife Fatimide qui régnait alors en Égypte de lui envoyer le docteur dont nous venons de mentionner le nom. Ash-Chirmesahi, ayant obtenu l’autorisation de partir, se rendit à Baghdad, où il fut installé comme professeur dans al-Mostanceriya.

Il occupait encore cette place l’an 656 (1258 de J. C.), quand Houlagou s’empara de Baghdad ; mais il put sauver sa vie dans ce grand désastre et obtenir sa liberté. Il continua à résider dans cette ville jusqu’à sa mort, événement qui eut lieu sous le règne d’Ahmed Abagha, fils de Houlagou.

Les doctrines des Malekites égyptiens se sont mêlées avec celles des Malekites maghrébins, ainsi que nous l’avons dit, et le résumé s’en trouve dans al-Mukhtassar (ou abrégé) d’Abu Amr Ibn al-Hadjib. On voit, en effet, à l’examen de cet ouvrage, que l’auteur, en exposant les diverses parties de la jurisprudence sous leurs propres titres, a non seulement inséré dans chaque chapitre toutes les questions qui se rapportent à la matière dont il traite, mais il y a placé, malgré leur grand nombre, toutes les opinions que les docteurs ont émises sur chaque question ; aussi ce volume forme-t-il, pour ainsi dire, un répertoire de jurisprudence Malékite.

Vers la fin du 7e siècle, l’ouvrage d’Ibn al-Hadjib fut apporté dans la Mauritanie et dès lors il devint le manuel favori de la majorité des étudiants maghrébins. Ce fut surtout à Bougie (Bajaia) qu’ils se distinguèrent par leur empressement à l’accueillir, ce qui tenait à la circonstance qu’Abou Ali Nacer ed-Dîn az-Zouaoui, le grand docteur de cette ville, fut la personne qui l’y avait apporté. Il venait de le lire en Égypte sous la direction des anciens élèves de l’auteur et en avait tiré une copie. Les exemplaires se répandirent dans les environs de Bougie (Bajaia), et ses disciples les firent passer dans les autres villes du Maghreb. De nos jours ces volumes se transmettent de main en main, tant est grand l’empressement des étudiants à lire un ouvrage qui, selon une tradition généralement reçue, avait été spécialement recommandé par ce professeur.

Plusieurs docteurs maghrébins appartenant à la ville de Tunis, tels qu’Ibn Abd as-Salam, Ibn Rachid et Ibn Haroun, ont composé des commentaires sur cet ouvrage. Dans cette bande illustre, celui qui remporta la palme fut Ibn Abd as-Salam. Les étudiants du Maghreb lisent aussi le Tahdîb (d’El-Beradaï) pendant qu’ils
font leur cours de droit.

Et Dieu dirige celui qu’il veut.

(Fin des propos de l’historien Ibn Khaldoun sur l’Ecole Malekite)

Traduit en Français par :
W. MAC GUCKIN DE SLANE (1801-1878)

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